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Conception: Naître et Etre, selon l'Ayurveda ! par Sylvie Verbois

· Ayurveda

La perception indienne du corps dépasse de très loin la seule matérialité charnelle et anatomique. Regardé comme une combinaison de structures internes et externes physiques, physiologiques, biologiques, bioénergétiques, quantiques, vibratoires, autour et dans lequel se meuvent énergies, formes, couleurs, artères subtiles, force vitale et principe de vie, le corps humain est une réplique en miniature de l’univers. Matière à l’épanouissement spirituel, sa révélation établit des correspondances entre ses composants organiques et ceux de l’univers. Curieuse entité peuplée d’impressions, dotée de perceptions, affectée de sensibilité, il est appréhendé avec attention et un soupçon de recueillement, car il est le réceptacle accueillant l’âme, une fraction du Divin, une façon d’accéder à l’Absolu, de s’éveiller à Celui qui somnole en lui.

L’incarnation, un désir de l’âme

Toute vie est descente dans la matière, prise de corps, incarnation, acte sacré, émanation de l’Absolu. La corporéité est une expérience intime pour se rapprocher du Divin. Pour la pensée indienne, l’âme préside à la source de toute conception et à la fécondation, l’être humain naissant de son désir ; c’est par elle que le corps prend forme et que l’esprit se manifeste. Pour que la vie apparaisse dans toute sa générosité, l’âme doit prendre corps afin de célébrer le Vivant et d’intégrer l’énergie cosmique. Sans ce corps-matière, l’âme serait brûlée tant l’expérience du divin est intensité et déchirure.

Faire un enfant, donner la vie est un acte amoureux conscient et spirituel. L’embryon se forme sur le désir de l’âme qui s’installe. Le corps réel s’édifie grâce à la force du Souffle (Âtman), et c’est l’âme qui va réunir tous les éléments physiques, vitaux, et psychiques nécessaires à la constitution d’un être vivant, celui-ci formant un ensemble de pouvoirs divins et d’énergies. « Quand ainsi développé, l’embryon est arrivé à la taille d’une masse de chair, le vent (le) pénètre uni à l’Âme suprême, puis il émet et sustente les membres, en se développant, lui qui résidant dans le corps, se divise en cinq parties en s’accroissant encore1»

La gestation

Pour la sagesse de l’Inde, l’instant de la fécondation est ardeur de l’amour et enfantement spirituel : concevoir un enfant est un acte sacré, le fruit d’une alchimie humaine et divine, en quelque sorte le dénouement suprême d’une germination du Divin.

L’Eau, le sperme, ici identifié à Soma, constitue pour une grande part l’embryon : il est le « Mangé ». Le Feu, assimilé au sang menstruel, est la source de chaleur pour l’embryon : il est le « Mangeur » de Soma : enfanter est cueillir le Feu. Dans les Upanishad, la procréation provient de la rencontre de la matière, de l’âme individuelle et du Purusha (principe premier de la Nature) : « Il [le Purusha] connut : En vérité, je suis la création, car c’est moi qui ai tout produit. Ainsi il fut la création. Il a part à la création, celui qui sait ainsi. Puis il frotta ainsi ; et de sa bouche comme matrice, avec ses mains, il produisit le feu. C’est pourquoi bouches et mains sont sans poils à l’intérieur ; car la matrice est, à l’intérieur, sans poils. Tout ce qu’il y a d’humide, il le produisit de son sperme : c’est le soma. En vérité, tout sans exception, ici-bas, est manger ou mangeur. Soma est manger, Agni est mangeur2. »

1. Jean Filliozat, La force organique et la force cosmique dans la philosophie médicale de

l’Inde.

2. Brihad-Âranyaka Upanishad, I. 4, 5-6.

Vocabulaire

– Soma (masculin) : jus (obtenu par pressurage) de la plante et de la plante Soma (sorte d’asclépiade ?) qui sert, mélangée à l’eau et purifiée, au sacrifice de type védique ; personnifiée en divinité. Identifiée à la lune (et au dieu Lune). Soma(neutre) : ambroisie.

La fécondation

La fécondation est un bouillonnement où s’agitent énergies, souffles, eaux et flammes. Énergie sacrée, l’énergie procréatrice est Rasa, le suc, l’essence cachée lovée dans le coeur et

les reins. Par l’union de l’Eau et du Feu, le corps physique se forme ; par l’alliance de l’Air et de l’Espace, et l’énergie des Guna, le corps subtil se transforme. L’Air, né de Purusha, est l’étoffe sacrée : c’est sous son impulsion que l’âme individuelle s’unit à l’âme suprême, et sous celle des trois Guna que l’âme (Âtman) se trouve liée au corps.

Dès la fécondation de l’être, l’âme est manifeste. Elle prend terre, et par la saisie du corps, elle témoigne de l’Absolu (Brahman). En créant l’individu, elle rend perceptible l’Immuable. Elle se laisse transparaître par la pensée Je, est capable de se révéler sous d’infimes possibilités entraînant ainsi l’être dans l’existence conditionnée. Réunissant les énergies et composants physiques, vitaux, mentaux, l’âme constitue l’être vivant.

La naissance

Traditionnellement, en Inde, la femme accouche debout, l’enfant arrive à l’existence tête en bas, la fontanelle (7e Çakra) vers le sol. Il est reçu dans les mains du père et est retourné, puis assis sur la main, il est présenté au monde, aux quatre points cardinaux et aux déités. Le siège de Brahmâ (1er Çakra, coeur-racine) est ainsi assuré, les quatre « Moi » potentiels de l’être – représentés par les quatre visages de l’Absolu –, peuvent prendre possession de la matière. Vivre devenant dès lors un besoin corporel engendrant la nécessité de se nourrir, l’être-corps se développe, bâtissant sa force autour de l’ego et de l’appétit d’être.

Sylvie Verbois

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