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In interview with David Hare

Auteur de « Le bonheur dort au fond de soi. Réveillons-le !"

Editions Flammarion

· Entretiens

1. Cher David, s’il vous plait racontez-nous encore le jour où vous avez découvert le bouddhisme !

Dans un sens, je découvre le bouddhisme tous les jours, même après 31 ans de pratique ! Mais pour vous donner une réponse ‘historique’, cela remonte à mai 1983. J’avais 19 ans et venais de quitter mon nid familial en Angleterre avec l’idée de voyager à travers toute l’Europe. Premier arrêt – Paris : je louais une chambre dans un appart du 19ieme arrondissement, chez une pratiquante du bouddhisme de Nichiren (1222-1282) qui s’appelle Christiane. Elle récite le mantra Nam Myoho Renge Kyo, que je trouve très bizarre (première impression...)

Lorsque Christiane m’encourageait à tenter la pratique, je me débattais vivement avec elle, avec une arrogance intellectuelle et une certitude qu’elle avait tort. Mais petit à petit sa bienveillance me touche et au bout d’un moment, je me trouve sans emploi, les poches vides et sortant avec une belle artiste qui tâtait du bouddhisme pour se sortir de son addiction à l’héroïne. Au lieu de rentrer en Angleterre je décide donc d’essayer le Bouddhisme, en partie pour démontrer que cela ne marcherait pas sur moi.

En fin de compte c'est la bienveillance de Christiane, plutôt que des arguments logiques, qui m'a convaincu de réciter pour la première fois, le 3 juillet 1983. Comme quoi c'est le cœur qui compte plus que la tête. J’étais également ému par son courage et sa compassion face aux injustices dans cette partie défavorisée de Paris, et dans ce contexte j’étais très touché par ces mots de Daisaku Ikeda, mon maître dans le Bouddhisme : « La révolution humaine complète d’une seule personne peut transformer non seulement son propre karma mais le destin d’une nation, voire de l’humanité tout entière. »

Malgré des résultats positifs de la pratique pendant cet été de 1983, j’oublie le Bouddhisme pendant les deux années suivantes, quand je commence mes études en Fac en Ecosse. De retour à Paris en septembre 1985, pour un rôle enseignant l’anglais à la Sorbonne Nouvelle, je constate que la plupart des Bouddhistes qui venaient à l’appartement avaient évolué dans leur vie, tandis que moi, j’avais reculé, après une seconde année universitaire très difficile.

C’est donc le 17 septembre 1985 que je découvre la pratique avec mon âme au lieu de ma tête. J’étais absolument certain d’être sur la bonne voie. Je me sentais de nouveau totalement vivant. J’avais l’impression en récitant de perdre le sens de ce que j’étais mais de me sentir complet, d’être totalement libre mais également partie intégrante de l’univers, d’être complètement détendu mais entièrement focalisé, comme si ma vie tout entière avait touché un point essentiel et y était ancrée.

C’était une expérience très émotionnelle et intense, un sentiment de joie profonde mais aussi beaucoup d’épiphanies, pas forcément toutes agréables. C’était à la fois perturbant et exaltant. Comme le dit mon ami bouddhiste, le comédien Duncan Pow « J’ai trouvé quelque chose d’autre, quelque chose en moi dont je n’avais pas conscience. Une chose qui rend tout facile. Une chose qui rend tout difficile. »

Comme quoi le recommencement est parfois plus puissant que le commencement…

2. Vous êtes coach reconnu, de renommée, et vous proposez des méthodes « pour atteindre le bonheur ». Je pense qu’à l’époque actuelle les gens le cherchent au mauvais endroit. Vous avec une adresse où le trouver ?!

J'ai écrit 334 pages pour tenter de répondre à cette question 😊 (tout en sachant que « j'enseigne ce que j'ai le plus besoin d'apprendre ».)

Pour moi, la première « adresse » (intérieure, bien sûr…) serait la perception profonde que la vie est précieuse, sacrée, divine. Ma vie, la tienne, la vie d'autrui, la vie de son 'ennemi', la Vie Elle-même. Cette force vitale qui coule en chacun de nous, cette précieuse pulsation cosmique. C'est le Bouddhisme qui m'a appris cela, plutôt que ma formation de coach. En fait, tu peux connaitre plein de techniques développement personnel, tu peux lire tous les livres, tu peux savoir que la vie moyenne ne dure que 28,000 jours, tu peux être conscient de tout cela, mais si tu as une attitude ‘je m’en fout’, ces connaissances ne valent rien, tu n’arriveras ni à t’en rappeler ni à appliquer les leçons.

Les gens cherchent-t-ils le bonheur au mauvais endroit ? Oui, tout à fait. Nous vivons à une époque où le matérialisme ne fonctionne pas. Nous avons perdu presque toute confiance en la politique et en ceux qui disent la servir. La science n’offre pas toutes les réponses. Surtout, notre ‘génération Viagra’ / consumériste nourrit l’illusion d’être plus heureux en courant après une jouissance de plus en plus longue au lieu de développer un bonheur plus profond.

Aussi nous vivons une époque dominée par l’intelligence intellectuelle. Nous nous prosternons devant des cerveaux bien remplis alors que ce que le monde cherche, pour affronter les défis actuels, c’est de la sagesse des cœurs. Comme le dit le Dalai Lama : « La planète n’a pas besoin de gens qui réussissent. La planète a désespérément besoin de plus de faiseurs de paix, de guérisseurs, de conteurs d’histoires et passionnées de toutes sortes. »

En tant que Bouddhiste, pour moi l’adresse où trouver le bonheur c’est dans la récitation du mantra Nam Myoho Renge Kyo, que je décris comme « la voix de son propre état de Bouddha, le rythme de la vie et la vibration de l’univers. » Dans le livre j’essaie de décrire ce fameux « état de Bouddha », mais après mon tout dernier voyage en France, j’utiliserais maintenant d’autres formules. J’ai rencontré plusieurs personnes pour la première fois quand je suis venu à Paris lancer mon livre, dont deux – une jeune femme spirituelle qui enseigne le yoga 😉 et un homme âgé qui pratique le Bouddhisme de Nichiren depuis plus de 40 ans – me poussent à trouver d’autres mots. Donc un Bouddha, je dirais maintenant que c’est quelqu’un de congruent(e). Il / elle dégage une certaine harmonie. Par exemple il est à la fois serein mais dynamique, sage mais enfantin, noble mais joyeux, confiant en lui mais humble, tendre mais tenace, bienveillant mais stricte, fier de son individualité mais englobant toute l'humanité dans sa présence. Bien sûr j’aurais pu citer d’autres traits de caractère, mais c’est cet équilibre, cette harmonie intérieure que j’ai remarqué chez ces deux nouveaux amis et que j’essaie d’évoquer par cette description de ‘Bouddha’. C’est grâce à cette harmonie que l’être humain s’ouvre, ainsi il canalise la générosité de l’univers et il rayonne de chaleur, de lumière et d’amour. La planète a besoin de telles âmes. Bonne nouvelle : nous avons tous cet état de Bouddha.

3. La caractéristique du bonheur véritable est la stabilité… et compréhension des mécanismes de l’esprit. En quoi le bouddhisme peut aider ?

La stabilité ou la tranquillité était exactement ce que je cherchais à Paris en 1983, surtout en me bronzant autant que possible au balcon de l’appartement chez Christiane ! Mais cette stabilité était trop près de la stagnation. Pour moi le bonheur maintenant c’est plutôt de me sentir à l'aise avec la transformation continuelle, voire l’instabilité de la Vie. Je crois que la Vie ressemble plutôt aux vagues sauvages de l'Atlantique qu'au calme de la Méditerranée. Je préfère les vagues! Leur puissance, leur promesses, leur danger, leur caresses, leur bruit, leur force, leur imprévisibilité... Cela symbolise aussi pour moi les magnifiques ondulations de la vie quotidienne.

Pour ce qui est des « mécanismes de l’esprit », ce que le Bouddhisme m’a enseigné le plus c’est que la race humaine garde depuis trop longtemps son cerveau du temps des cavernes ! C’est un thème dominant de mon livre, même le fil conducteur, que j’appelle notre ‘S-O-S’ ou ‘Soi Obsédée par la Survie’. Il s’agit de cet instinct programmé (et, à l’origine, bien intentionné) en nous qui veut nous tenir à l’écart de tout problème, obstacle et progression. Parfaitement adapté pour éviter le danger (donc utile pour traverser la rue sans se faire écraser…), son inconvénient est qu’il nous coupe de la part universelle de l’espèce humaine. Dans la mesure où il naît de l’ego, ce S-O-S est également source d’arrogance, « d’intrigues de bureau », d’angoisse et autres aspects plutôt négatifs. Le S-O-S tient à la racine de notre attachement aux zones de confort, à l’argent, au statut social et à la gloire. Or, lorsque l’ego réussit son coup, c’est l’humanité qui échoue. On pourrait d’ailleurs définir le « mal » comme le fait de se considérer comme séparé des autres. Car au niveau le plus profond de la vie, il n’y a pas ‘d’autrui’.

Donc la pratique Bouddhiste nous aide à dépasser notre S-O-S et d’appréhender les problèmes de la vie comme un joyeux combat, plutôt que comme une épreuve douloureuse. Si, par exemple, je devais un jour replonger en dépression (tendance karmique dans ma famille), je ne pense pas que j’y verrais une maladie à guérir mais plutôt un creuset ou un fourneau dans lequel forger un moi plus fort et plus sage. J’appelle parfois la dépression mon « expérience kintsukuroi » ; le kintsukuroi étant l’art japonais de réparer les poteries avec de la laque d’or ou d’argent, qui permet à la pièce d’être plus belle après avoir été brisée. Cela veut dire que toutes nos cicatrices, qu’elles soient à l’intérieur ou à l’extérieur, nous donnent une beauté que nous n’aurions pas développée sans nos épreuves.

Lors d’une conférence de bouddhistes à laquelle j’ai assisté, le système de sonorisation est soudain tombé en panne, au moment même où une jeune femme s’apprêtait à se lancer dans une danse grecque devant 200 personnes. Au lieu de paniquer, elle s’est donnée corps et âme ; durant cette performance émouvante, je me suis dit que seul un bouddha pouvait ainsi danser en silence et vous faire quand même ressentir la musique. Au final, c’était bien plus puissant que si le son avait fonctionné.

4. Et quand on n’est pas bouddhiste, comment réveiller le bonheur ?

Voilà justement un des points de départ pour mon livre ! Mon désir était que les gens qui ne veulent pas pratiquer le bouddhisme (comme moi en 1983…) puissent tout de même découvrir des principes et des sagesses bouddhiques pour leur aider avec les défis et les difficultés de la vie quotidienne.

Donc, à l’attention des lecteurs qui ne veulent pas réciter un mantra en sanskrit et chinois classique, chaque chapitre se clôt avec des exercices de réflexion et des affirmations à répéter à haute voix ou à écouter sur votre tablette, qui permettent de développer une voix intérieure positive et relèvent d’une technique couramment utilisée durant les séances de coaching. Les affirmations décrivent soit vos qualités actuelles, soit le genre de personne que vous souhaitez ardemment devenir ; par exemple, « je suis un père aimant et attentif » ou « je prends soin de mon corps », ou « Je chéris et respecte l’essence de ma vie », ou « Je choisis d’honorer mon plus haut potentiel ».

Sinon, à chacun de trouver sa méthode pour réveiller le bonheur (yoga, qi-gong, méditation etc…) mais celle que je connais le mieux, c’est à travers le coaching. Ma méthode consiste d’abord à cerner la bande-son dominante de mon client, ce petit air qui flotte, cette sorte d’arrière-fond sonore teinté d’humeur. Arrêtez-vous et écoutez : est-ce de l’excitation, de l’espoir ou de l’amour ? De l’anxiété, du regret ou de la frustration ? Du bien-être, de l’amusement ou de la compassion ? De l’impatience, du cynisme ou de l’ennui ? Un peu de tout ça à la fois ? Quelque chose de totalement différent ?

Ensuite il s’agit d’identifier le(s)quel(s) des six blocages suivants ralentit leur progrès et de le(s) enlever :

  • Aptitude – Ai-je les capacités et la connaissance ?
  • Confiance (en soi) – Suis-je convaincu que je peux le faire et suis-je convaincu que je le mérite ?
  • Clarté – Suis-je sûr que c’est ce que je veux ?
  • Courage – Suis-je assez audacieux pour prendre un risque et vaincre mes peurs ?
  • Désir – À quel point je le veux vraiment ? (Allez, soyez honnête avec vous-même : mourez-vous d’envie d’atteindre ce but ? De toute votre âme ? De tout votre être ?)
  • Empathie – Ai-je le sens du contact nécessaire pour trouver le soutien dont j’ai besoin auprès d’autrui ?

Comme le propose W. Timothy Gallwey, l’auteur de The Inner Game of Tennis : « Performance égale potentiel moins les interférences », alors mon rôle de coach signifie aider mon client à éliminer ces interférences mentales. Alors quand je ressens ce moment de déblocage chez un client, j’ai une joie très profonde, car je sais que j’ai touché un peu son état de Bouddha. J’ai réussi à le libérer d’une illusion, d’une croyance qui est devenue périmée, et qu’il pourra maintenant s’envoler de ses propres ailes.

5. Permettez-moi de vous demander : quel est le bonheur absolu de David Hare ?

Voici une question qui me touche au plus profond de mon cœur, car personne (y compris moi...) ne me la pose jusqu'ici, malgré mes 31 ans de pratique bouddhiste ! J’en suis très reconnaissant !

Alors mon bonheur absolu ? C’est avoir la foi et le courage de toujours croire et toujours croître. C’est danser en silence et te faire quand même ressentir la musique.

Merci infiniment

Armanda Dos Santos

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