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Les trois corps du sommeil ! par Sylvie Verbois

· Ayurveda

Pour la médecine indienne, le corps est pensé différemment, sans pour autant nier les aspects physiologique et anatomique. Dans leur approche, le corps est perçu comme étant le résultat de tout un processus continu et fluide de mutation et de conversion du Vivant. Il en est l'aboutissement matériel de sa propre évolution, construction qui peut être factice ou fictive, car tout n'est qu'apparence trompeuse venant voiler l'Infinie Réalité: "Ce corps est un bateau pour passer sur l'autre rive, celle de l'immortalité." (Sivânanda.).

Si le corps nous est nécessaire, nous ne devons pas en rester à sa seule apparence, à sa simple forme. Il y a autre chose en nous, en lui, qui vit, qui préexiste, qui perdure : tout être est une structure énergétique organisée établissant des modes de relations humaines avec son environnement, il est réalité constitutive du Vivant et voie vers la connaissance du Soi (Absolu et individuel).

Le corps est mouvant et se module au gré des émotions qui agitent l'esprit. Il est mouvement et oscille du vague à l'âme en bleu au cœur : il est vivant, nous l'avions oublié. Il sait se nourrir de peu parfois lorsque l'âme est reconnue par l'amour, tendue vers le Divin. Le corps est un "char" précieux dont l'entretien demande des soins attentifs et des nourritures spirituelles. En Inde, le corps a la parole, et l'assise de la santé est l'équilibre entre le corps, l'âme et l'esprit. Lorsque le corps est souffrant, cela manifeste un éveil de l'âme. Il nous rappelle que l'être humain ne se réduit pas à la seule corporéité et nous dit : j'ai mal à ma vie.

Le corps est un moyen de connaissance. C'est par le corps que nous parcourons, apprécions, que nous prenons contact avec la vie. Le sommeil emprunte le même chemin, il nous ressemble, n'est pas un élément opposant, il fait partie de notre composante. Un trouble léger de sommeil est un signe avant-coureur, il témoigne de l'impossibilité que nous avons à nous rencontrer. Il peut être conscience d'un manque, nous faisant réaliser que nous ne pouvons nous suffire à nous-même ; nous sommes entre ce que nous possédons et ce que nous désirons. Nous avons besoin d'un renvoi, d'un retour à la ligne et le sommeil en est marque de reconnaissance : si nous reconnaissons notre nature originelle, c’est-à-dire d'essence divine, nous pouvons guérir de notre sentiment d'exil et de vide, d'avoir perdu quelque chose d'essentiel, et donc de reprendre le chemin du sommeil.

Les penseurs de l'Inde regardent le corps comme l'instrument privilégié pour la réalisation spirituelle. Il est un champ organique où veille la conscience et l'âme cultive le corps comme un paysan prend soin de sa terre : le corps est ici compris comme le lieu de témoignage divin. A la fois sanctuaire et champ de bataille où se joue la reconquête par l'homme de sa nature authentique, il est la rencontre de la force organique (corps) et de la force cosmique (univers).

Le corps de sommeil ou corps causal, est le corps profond, le fond du corps constitué par l'Énergie première (Prakritî). Il est composé des trois substances (Guna) de l'énergie consciente. Corps durable mais périssable, il se décomposera lors de la libération (moksha). Il est le corps existentiel. Corps réceptacle de l'énergie cosmique, il contient Brahman : c'est en lui que demeure le Soi, énergie et conscience pures, substrat causal de l'être. Il est au-delà des qualifications et des délimitations. Nous le touchons lorsque nous sommes dans la phase de sommeil profond, sans que nous le sachions, car en ce lieu il n'y a plus de distance ni de distinction entre nous et notre corps, entre notre Soi individuel et le Soi suprême, toute sensation de différence étant abolie à cet instant.

Le corps signe ou corps subtil est le corps de la perception et de la sensation. Il signe notre individualité. Porteur de nos mémoires anciennes (antérieures), il est un corps d'impressions, de modification. Corps d'action et d'émotion, il accueille l'étoffe de l'esprit, sa forme pensante. C'est en lui que demeurent les traces non conscientes captées lors de notre conception ainsi que celles imprégnées dans notre mémoire cellulaire provenant de diverses sources : familiale, génétique, karmique, etc. Il ne cesse de construire, d'édifier, de réajuster, d'aménager les données actives reçues par l'organisme et modifiées par l'esprit. Corps ardent et sensible, il est le corps du rêve, le corps émotionnel divisé par les cinq sens et les saisissements sensoriels, retrouvant son unité dans l'esprit (manas). L'affectivité est intimement liée aux volitions des sens et plus particulièrement à l'élément Feu : voir, entendre, goûter, toucher, sentir sont les émanations du Feu de désir qui, concentré dans le corps signe, peut devenir énergie de guérison.

Le corps ordinaire ou corps grossier est composé des cinq éléments : Espace, Air, Feu, Eau, Terre (Tattva) reliant le corps ordinaire au corps signe, la matière à l'esprit. Les cinq souffles vitaux assurent la transmission des énergies, procédant aux échanges chimiques nécessaires à l'entretien du corps. Porteur des organes, tissus, viscères, etc., il est le corps biologique (anatomique, physiologique). Fourreau et enveloppe de chair, il nous donne notre forme corporelle et façonne une grande partie de notre constitution natale. C'est en lui que les troubles du sommeil et autres insomnies prennent corps.

Sylvie Verbois

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